Adoptée en 2022, la loi Lemoine a profondément restructuré l'assurance emprunteur. Alors que le marché reste dominé à environ 85 % par les banques, la période 2025-2026 marque un tournant répressif et normatif majeur : le régulateur et le CCSF (Comité Consultatif du Secteur Financier) comblent les failles d'application et sanctionnent les pratiques d'obstruction. Cardif, leader mondial sur le marché de l’assurance emprunteur*, vous explique.
*Aon’s Strategy and Technology Group (ex Finaccord) – 2025
Les changements pour l'assurance de prêt : en bref
- La DGCCRF a sanctionné en octobre 2025 quatre grandes banques (près de 900 000 € d'amendes) pour non-respect du délai légal de 10 jours ouvrés pour la notification de l’accord ou du refus de la nouvelle assurance, renforçant le rapport de force en faveur des emprunteurs.
- Encadrement renforcé des garanties : le CCSF interdit les exclusions médicales détournées et harmonise les délais de franchise/carence (dès septembre 2026, généralisation janvier 2027) pour éviter « les trous » de couverture lors d'un changement d'assurance.
- Droit à l'oubli élargi : le délai passe à 5 ans pour cancers et hépatite C (sans condition d'âge) et le questionnaire médical n’est pas requis pour les prêts inférieurs à200 000 € par assuré dont le remboursement intervient avant les 60 ans de l'emprunteur.
Les changements récents pour l'assurance emprunteur :
Mis à part la loi Lemoine, nous vous invitons à parcourir d’autres changements récents pour l'assurance emprunteur :
1. Contestations et sanctions bancaires pour délégation d'assurance de prêt immobilier
Pendant les premières années d'application, de nombreux établissements bancaires ont freiné la substitution d'assurance en multipliant les manœuvres dilatoires (délais de réponse artificiellement rallongés, demandes répétées de pièces inutiles).
- Sanctions massives de la DGCCRF (Octobre 2025) : La Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes a infligé près d'un million d'euros d'amendes administratives (897 518 € au total) à quatre grands réseaux bancaires (CIC Est, BRED Banque Populaire, Crédit Agricole Île-de-France, Caisse d’Épargne Île-de-France).
- Motif des sanctions : Non-respect récurrent du délai légal de réponse fixé à 10 jours ouvrés à compter de la réception du dossier complet.
- EffetName and Shame: La publication obligatoire de ces condamnations sur les sites des banques récalcitrantes a rééquilibré le rapport de force en faveur des emprunteurs et des courtiers en 2026.
2. Équivalence des garanties : l'encadrement des clauses abusives au-delà de la loi Lemoine
Pour refuser un contrat alternatif, les banques s'appuient historiquement sur la Fiche Standardisée d'Information (FSI) et la grille des 18 critères du CCSF. Deux dérives majeures font l'objet de régulations ciblées en 2026 :
- Interdiction des exclusions médicales détournées (Accord CCSF 2026) :
Certains assureurs réintroduisaient des exclusions ciblées sur les pathologies préexistantes pour compenser l'absence de questionnaire de santé (pour les prêts de moins de 200 000 € par assuré s'achevant avant les 60 ans de l'emprunteur). Le CCSF a rappelé à l'ordre les acteurs : supprimer le questionnaire médical tout en appliquant une exclusion automatique des maladies antérieures constitue une violation de l'esprit de la loi. - Harmonisation des délais de franchise et de carence (Règles applicables en 2026-2027) :
Pour éviter les trous d'indemnisation lors d'une substitution en cours de bail, les règles d'équivalence ont été précisées. Dès septembre 2026 (avec généralisation au 1er janvier 2027), les règles régissant l'alignement des délais de franchise et de carence imposent une continuité de couverture sans pénaliser l'assuré.
3. Le renfort du droit à l'oubli et suppression du questionnaire de santé
- Droit à l'oubli à 5 ans : Le délai de non-déclaration des antécédents de cancers et de l'hépatite C après la fin du protocole thérapeutique (sans rechute) est stabilisé à 5 ans pour l'ensemble des assurés, sans condition d'âge.
- Plafond des 200 000 € : L'absence totale de questionnaire médical s'applique si la part assurée cumulée ne dépasse pas 200 000 € par emprunteur et que le terme du prêt survient avant les 60 ans de l'emprunteur.
Comment changer d'assurance emprunteur en 2026 ?
Voici nos conseils pour réussir votre changement d'assurance :
Préparez un dossier irréprochable
- Récupérez votre Fiche Standardisée d'Information (FSI) : Pouvant être demandée auprès de votre banque, elle liste les critères d'équivalence obligatoires (généralement 11 critères de garanties et 4 de critères professionnels).
- Vérifiez la concordance mot à mot : Assurez-vous que le nouveau contrat d'assurance individuel coche au minimum le même niveau d'exigences (ex. couverture ITT, IPT, quotités applicables).
Utilisez les bons leviers juridiques face à la banque pour votre résiliation d'assurance emprunteur
- Invoquez l'article L. 313-31 du Code de la consommation : Il impose à la banque de répondre dans un délai strict de10 jours ouvrés à compter de la réception de la demande.
- Date d'effet recommandée : Prévoyez une date d'effet à Mois +1 ou Mois +2 pour éviter toute discontinuité de couverture.
En cas d'inaction ou de refus injustifié de substitution d'assurance emprunteur
- Conservez la preuve d'envoi : Privilégiez l'envoi de la demande de substitution par Lettre Recommandée Électronique (LRE) ou AR papier.
- Citez les récentes sanctions DGCCRF : Si la banque dépasse le délai de 10 jours ou refuse sans motif valable lié aux critères de la FSI, rappelez-lui les amendes administratives récentes prononcées fin 2025 pour dépassement des délais légaux.
- Saisissez le médiateur de la banque : En cas de blocage persistant, la saisine gratuite du médiateur ou un signalement sur le portail officielSignalConso débloque très souvent les dossiers litigieux.
Quand peut-on renégocier, changer l'assurance emprunteur pour un crédit immobilier en 2026 ?
Depuis l'entrée en vigueur de la loi Lemoine en 2022, la réponse est simple :à n'importe quel moment, dès le lendemain de la signature de l'offre de prêt. Plus aucune date d’anniversaire à surveiller, plus aucun délai de carence à respecter. La résiliation infra-annuelle est désormais la norme, que votre crédit immobilier ait été signé il y a six mois ou dix ans.
Ce qui change concrètement en 2026, c'est l'impact financier selon le moment choisi. Plus tôt intervient la délégation d'assurance dans la durée du prêt, plus l'économie est significative, le montant de la prime étant calculé sur le capital restant dû.
Pour un prêt de 250 000 € sur 25 ans, agir dès la première année plutôt qu'en milieu de remboursement peut représenter plusieurs milliers d'euros d'écart sur le total des cotisations versées. Néanmoins, des frais de dossier peuvent s'ajouter pour le traitement des documents.
Quel est le taux d'assurance de prêt immobilier en 2026 ?
Selon les données du marché de 2026, le taux moyen d'assurance emprunteur (exprimé en TAEA) oscille autour de 0,36 % pour un profil standard souscrivant via son établissement bancaire. Grâce à la concurrence accrue sur le marché de l'assurance, un emprunteur qui opte pour une assurance externe peut descendre à 0,15 % ou 0,16 %, selon son profil de risque et son état de santé.
L'écart est considérable. Un jeune emprunteur non-fumeur de 32 ans, sans antécédent médical, peut ainsi réduire sa prime de 50 à 70 % par rapport au contrat groupe proposé par sa banque au moment de la souscription.
Ce taux varie selon plusieurs critères déterminants :
- L'âge et l'état de santé de l'emprunteur au moment de la souscription
- Les quotités d'assurance choisies (couverture à 100 % ou répartie entre co-emprunteurs)
- La nature des garanties souscrites (décès, IPT, ITT)
À noter : la suppression du questionnaire médical pour les prêts inférieurs à 200 000 € par assuré a amélioré l'accès à l'assurance pour les profils ayant une ancienne maladie, sans impact sur leur taux.
Qu'advient-il de la loi Hamon pour l'assurance emprunteur ?
Adoptée en 2014, la loi Hamon a été la première réforme à offrir aux emprunteurs une liberté de changement d'assurance durant les 12 premiers mois suivant la signature du prêt. Cette mesure pionnière a ouvert la voie à une concurrence réelle sur le marché, avec un impact direct sur le pouvoir d'achat des ménages.
L'amendement Bourquin, entré en vigueur en 2018, avait ensuite élargi cette démarche à chaque date d’anniversaire du contrat. Deux étapes importantes, mais qui imposaient encore des fenêtres de tir strictes.
Depuis la loi Lemoine de 2022, ces deux dispositifs ont été rendus obsolètes dans leur rôle principal : la résiliation est désormais possible à tout moment, sans contrainte calendaire. La loi Hamon conserve néanmoins une existence juridique formelle, mais ses cas d'acceptation spécifiques n'ont plus de portée pratique pour les nouveaux emprunteurs.