L’idéal représente par définition un genre de conquête du graal, un rêve, un fantasme à assouvir, une utopie. Du fait, le poids idéal serait un leurre, une idée fixe plutôt qu’un projet concret. Oui mais alors, pourquoi vouloir un poids idéal, comment l’obtenir et qui veut vraiment ça !?

Le poids minceur a toujours été d'actualité

On peut dire que les magazines de mode, de beauté et de santé, qu'ils soient dédiés à la gente féminine ou masculine parlent de ce poids idéal comme étant garant d'une séduction optimale et d'un bonheur assuré. Même, Le marketing agro-alimentaire et pharmaceutique s'est depuis les années 60 emparé de cette donnée économique hautement rentable qu'est le poids minceur avec l'apparition respectivement des produits allégés et des pilules minceur.

Le poids idéal, cet obscur objet du désir

Ce poids tant redouté avant l'été, avec la fameuse épreuve du maillot de bain et bien sur l'après été, avec une rentrée minceur afin d'être à l'aise dans ce jean moulant, ces leggings en cuir, cette robe cintrée, ou encore ce tailleur élancé, est le sujet indéfectible de tous les magazines. En résumé, il faut avoir un poids standardisé par des normes qui ne sont pourtant pas si normales que ça. De fait, le poids est relaté quotidiennement dans la presse, on nous rabâche sans relâche toutes les méthodes pour l'acquérir et le garder. Il est cependant, paradoxalement aussi décrié que vanté, en fonction de la tendance et des saisons.

On voit d'ailleurs surgir une multitude d'applications qui permettent de modeler et d'affiner son image. Ces filtres ne montrent-ils pas cette volonté ubuesque d'atteindre non pas un poids idéal mais bien un poids idéalisé et surtout fantasmagorique ?

Le poids s'est ainsi transformé en un obscur objet de désir plutôt qu'un projet de bonne santé, ce qu'il devrait être avant tout autre chose, comme nous le montrent toutes les études de médecine préventive.

Le poids, ce chiffre sur la balance

Evidemment, le poids a une définition mathématique. Le poids est une masse que l'on pèse via une balance.

Il est également possible de le calculer via des appareils modernes tels que le body scanner et l'impédancemétrie dont les techniques d'ondes permettent de différencier les organes et ainsi de peser la masse osseuse et cartilagineuse, la masse musculaire et hydrique, les viscères et la masse graisseuse.

En fonction du poids de ces différentes masses, un poids global est obtenu et plus la masse graisseuse augmente, plus le poids global augmente, ce qui vaut pour toutes les entités définissant le poids du corps humain. Une bonne santé va alors de pair avec une masse graisseuse plus basse que la masse musculaire, hydrique et osseuse (masse dite sèche).

Le poids, un chiffre nécessaire mais insuffisant pour comprendre sa santé

Bien entendu, le chiffre sur la balance est important car il donne un ordre d'idée sur son poids Savoir que l'on suit une courbe de croissance staturo-pondérale sur son carnet de santé permet de s'assurer d'une bonne santé selon des normes médicales internationales. Une cassure de la courbe bébé et enfant en terme de surpoids ou de maigreur, prédit et alerte les parents et le pédiatre d'une éventuelle pathologie en cours. Plus tard, il en est de même à l'âge adulte. Si le poids a toujours été stable, un changement alertera sur une éventuelle maladie telle qu'un dérèglement hormonal.

Cependant, ce chiffre sur la balance n'est pas suffisant pour prédire d'une bonne santé. L'OMS (Organisation Mondiale de la Santé) catégorise le poids en indice de masse corporelle (IMC) ou BMI (body mass index) afin de déterminer la maigreur, la minceur, le surpoids et l'obésité, elle-même distinguée en obésité sévère, super et morbide. On ne se retrouve plus être seulement un chiffre mais un ratio qui prend en considération la taille et le poids.

Pour autant, si ce ratio aide à se situer dans une catégorie poids santé, il n'est pas encore suffisant pour déterminer ce qui importe vraiment en terme de santé globale optimale. En effet, c'est le périmètre abdominal qui donne son dernier mot. Ce tour de hanches donne un aperçu précis de la masse graisseuse dite androïde (haut du corps) quel que soit le sexe, l'âge et la taille de la personne adulte. Cette graisse est malheureusement pourvoyeuse de maladies métaboliques et cardiovasculaires, d'infertilité, de cancer et de dépression si le périmètre dépasse 102 cm chez l'homme et 88cm chez la femme. Ce morphotype avec graisse androïde a donc tout d'une alarme sur son état de santé sans avoir besoin d'autre chose que d'un mètre couture !

Le poids, une donnée très complexe et scientifique

Il est toujours bon de rappeler certaines évidences alors même que le problème reste multifactoriel.

En effet, le poids est programmé tout comme la taille ou la couleur des yeux. Il est ainsi en premier lieu d'origine génétique et va ainsi dépendre de son hérédité.

On parle alors de poids génétique. Une personne pourra ainsi avoir un poids de forme ou d'équilibre métabolique mémorisé telle une empreinte sensorielle par l'organisme et le garder au fil du temps.

C'est une des raisons pour laquelle quand le poids est dans une catégorie dite normale en terme d'IMC et de périmètre abdominal, rien ne sert de faire des régimes hypocaloriques au risque de subir l'effet yoyo ou catch up fat (se faire rattraper par la graisse). Il ne faut pas brusquer sa génétique en quelque sorte et chercher à se muscler plutôt que de s'affamer.

A contrario, si le poids est en surpoids ou obèse, une consultation médicale hormonale s'avère nécessaire pour faire le point et traiter le patient pour aller au-delà de son poids génétique pathologique.

L'âge a un impact direct sur le poids des différentes masses suscitées : le vieillissement a tendance à réduire la masse musculaire et osseuse au profit de la masse graisseuse. D'où le conseil médical rabat-joie mais tellement d'actualité, de faire du sport et de manger des protéines (quelles soient d'origine animales ou végétales) tout au long de sa vie

Plus de 50% de l'acquis ou du mode de vie a une conséquence directe sur la santé en général. Ce qui est une bonne nouvelle quant à son capital bonheur-santé responsable. Cependant, l'autre moitié répond à d'autres sujets scientifiques inhérents à la vie neuro-hormonale, génétique, bactériologique et immunitaire ; ce qui explique la complexité de la prise en charge en médecine des patients.

En ce qui concerne le poids, la responsabilité individuelle prévaut : certaines études concluent même que 80% des diabètes de type 2 pourraient être évités grâce à un mode de vie sain (nutrition, sommeil, sport). A méditer...

En conclusion

Le poids idéal est finalement devenu au fil du temps un sujet de controverse.

Il est un idéal fantasmagorique si l'image est bien entendu transformée par un filtre informatique et un idéal génétique et travaillé que tout le monde ne pourra pas atteindre dans certains cas bien précis. Car si un filtre est un leurre, l'autre leurre serait de ne pas avoir en tête qu'un professeur de sport ou qu'un sportif a fait de son corps son outil de travail et qu'il est ainsi très musclé, tout comme une mannequin femme mineure et/ou qui n'aurait pas encore atteint sa puberté affichera alors un corps très fin.

De plus, le métabolisme est avant tout une question de génétique (l'inné) et qu'il n'est pas immuable au cours de la vie (l'acquis).

Retenons que le poids idéal prend toute son importance en terme de médecine prédictive et préventive si le périmètre abdominal ne dépasse pas ces centimètres : 102 cm chez l'homme et 88 cm chez la femme.

Pour autant, et pour conclure, la seule définition du poids dit idéal qui m'incombe en tant que médecin : le poids ou mon patient se sent l'esprit léger.

Dr Alexandra DALU.

Facebook : Dr Alexandra Dalu
#dralexandradalu

Médecin Diplômée de la faculté Paris V René Descartes Hôpital Necker
Ancienne assistante spécialiste des Hôpitaux de Paris (urgentiste)
DIU Medecine morphologique et Anti âge Paris XIII
DIU Nutrition Necker Paris V
DU micro nutrition Dijon
DU trouble du comportement alimentaire Paris V
DIU Mésothérapie Paris VI
DIU Anglais Médical
Auteure des livres "Les 100 idées reçues qui vous empêchent d'aller bien" et "Vive l'alimentation cétogène"

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