L'investissement Socialement Responsable : performance et enjeux éthiques

Olivier Héreil, directeur général adjoint en charge de la gestion d'actifs chez BNP Paribas Cardif, évoque l'Investissement Socialement Responsable. Il aborde ces nouveaux critères d'investissements financiers et la stratégie mise en place par BNP Paribas Cardif.

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L'investissement socialement responsable est une démarche d'investissement qui allie objectifs de performance et enjeux éthiques.

Question essentielle dans la sélection des investissements de BNP Paribas Cardif, avant d'investir, sont ainsi, par exemple, analysés la façon dont l'entreprise impacte globalement son environnement, comment elle se comporte en matière environnementale, quelles sont ses pratiques sociales, notamment vis-à-vis de ses salariés...

C'est l'analyse globale de ces paramètres qui va venir compléter l'analyse des critères financiers et permettre la décision.

Cette approche ISR devrait transformer l'approche de l'investissement dans les années qui viennent.

L'intégralité du podcast de Olivier Héreil est retranscrit ci-dessous :

[00:00:07] Le Présentateur : L'investissement socialement responsable ou plus communément appelé ISR occupe une place de plus en plus importante et devient une vraie préoccupation pour les investisseurs. BNP Paribas Cardif l'a bien compris en mettant en place depuis une dizaine d'années une stratégie alliant objectifs de performance et enjeux éthiques. Est-ce un effet de mode ou au contraire, un mouvement de fond durable pour les épargnants ? Quels sont les critères d'investissement ? Comment tout cela évolue ? Pour répondre à toutes ces questions, nous recevons aujourd'hui un spécialiste de la question, il s'agit de Olivier Héreil, directeur général adjoint de BNP Paribas Cardif en charge justement de la gestion d'actifs. Bonjour Olivier Héreil et merci d'avoir accepté notre invitation.

[00:00:45] Olivier Héreil : Bonjour.

[00:00:47] Le Présentateur : Olivier Héreil, si vous voulez bien, nous allons redéfinir en quelques mots ce qu'est l'investissement socialement responsable.

[00:00:53] Olivier Héreil : L'investissement socialement responsable, est une démarche d'investissement qui cherche à intégrer, à côté des critères financiers traditionnels de l'analyse financière, des critères extra financiers. On utilise effectivement des sigles comme partout, on appelle ces critères des critères ESG : E pour environnement, S pour social, G pour gouvernance, dit en d'autres termes. Si on l'applique à un investissement dans une entreprise, on va regarder effectivement comment l'entreprise impacte globalement son environnement, comment elle se comporte en matière environnementale, quelles sont ses pratiques sociales, notamment vis-à-vis de ses salariés et quelle est la manière dont elle discute, échange et traite ses actionnaires. C'est l'analyse globale de ces paramètres qui va venir compléter l'analyse des critères financiers et permettre la décision.

[00:01:48] Le Présentateur : Je le disais en introduction, Olivier Héreil, pour BNP Paribas Cardif, ce n'est pas une préoccupation récente puisque ça fait une dizaine d'années que vous avez pris toute la mesure justement de ce mouvement et que vous avez justement développé une stratégie autour de l'ISR.

[00:02:01] Olivier Héreil : C'est vraiment pour nous une orientation stratégique, c'est au cœur, aujourd'hui, de notre processus d'investissement. C'est une question qui est extrêmement essentielle aujourd'hui dans notre démarche de tous les jours pour sélectionner nos investissements. Je dirais d'ailleurs que c'est un mouvement de fond, on le sent bien d'ailleurs, qui anime l'ensemble de la société de plus en plus et qui monte en puissance. D'ailleurs, les épargnants, quand on les interroge, ces épargnants ont aussi une préoccupation sur le sujet. J'ai en tête une enquête relativement récente où 63 % des épargnants disent intégrer un critère de financement responsable dans le choix de leurs placements. 65 %, c'est beaucoup et surtout il n'était que 50 % il y a deux ans. On voit la forte montée en puissance de cet intérêt auprès des épargnants.

[00:02:54] Le Présentateur : Il y a eu sur les fonds ISR énormément d'évolution en 10 ans, puis, vous êtes à la manœuvre de cette opération depuis le tout début. Comment cela se traduit concrètement ? Est-ce que vous pouvez nous donner un exemple justement de ce genre de gestion ?

[00:03:10] Olivier Héreil : Oui, comme vous le rappelez, cela fait 10 ans effectivement qu'on pratique cette démarche d'investissement dans le fonds en euros et donc on a maintenant effectivement beaucoup de recul finalement pour analyser la manière dont les choses se sont mises en place et continuent à se mettre en place. J'évoquerais deux dimensions importantes : la première qui est ce que nous appelons, pardon pour les termes un peu techniques, l'intégration ESG, c'est-à-dire comment nous prenons en compte ces fameux critères d'environnement sociaux et de gouvernance dans la sélection de nos investissements.

L'idée là, c'est vraiment d'appliquer cette démarche à l'ensemble de nos investissements et comme vous le savez dans le fonds général, nous avons, bien sûr, des investissements en obligations, nous avons aussi des investissements en actions, mais nous avons aussi des investissements en immobilier et dans quelques autres classes d'actifs significatifs.

Vraiment, notre démarche est une démarche globale, c'est-à-dire qu'on regarde sur l'ensemble de ces investissements, effectivement, la manière dont ces critères ESG sont intégrés, intégrés donc par les entreprises que nous finançons. Est-ce que cette approche extra financière est vraiment au cœur de leurs stratégies ? Il y a un deuxième volet qui est également très important, que nous avons rajouté il y a maintenant quatre ans, qui est le volet climatique. Nous avons, aujourd'hui, introduit dans la sélection de nos investissements ce que nous appelons un filtre carbone. L'idée est effectivement de sélectionner des entreprises qui ont pour objectif de réduire leurs émissions de carbone. Tous les secteurs économiques ne sont pas égaux entre eux en matière d'émission de carbone. Un secteur de service va être probablement moins émetteur de carbone qu'un secteur industriel. Ce qui nous importe c'est de dialoguer avec les entreprises et vraiment, de favoriser l'investissement dans les entreprises qui ont des stratégies pertinentes, cohérentes, mesurables, visibles de réduction des émissions de carbone. Ces deux démarches sont vraiment au cœur de notre travail au niveau du fonds en euros. Je peux vous donner deux exemples d'ailleurs en la matière.

[00:05:24] Le Présentateur : J'allais vous le proposer. Quels sont les exemples ?

[00:05:26] Olivier Héreil : Un exemple, en 2015, nous avons financé une obligation qui s'appelle Tera Neva. Cette obligation a pour objet de financer des énergies renouvelables, une quinzaine de projets d'énergies renouvelables qui sont financés au travers de cette obligation. Un exemple de ces projets, une ferme éolienne offshore aux larges des côtes belges qui va alimenter plus de 160 000 foyers en énergie. Une autre façon de le dire et c'est important de le dire aussi comme ça, cela va permettre d'économiser 200 000 tonnes d'émission carbone par an. Un deuxième exemple dans un tout autre domaine, là, on va passer dans le domaine de l'immobilier. Vous savez que nous sommes un investisseur important en immobilier. Nous avons, en 2017, fait le choix de financer un projet immobilier à vocation sociale. L'objectif était là effectivement de permettre la création d'hébergements d'urgence pour les populations qui en ont éminemment besoin. Au travers de ces deux exemples, je veux seulement illustrer le fait que ce que nous cherchons finalement c'est à allier, à combiner de la performance financière et un impact positif sur la société.

[00:06:43] Le Présentateur : Dans les deux exemples que vous venez de nous donner vous parlez d'environnement, vous parlez de valeurs sociales. Si on s'arrête quelques instants justement sur les thématiques de ces unités de compte marquées ISR, quelles sont selon vous celles qui ont les faveurs des investisseurs et quelles sont celles qui sont vraiment les plus porteuses aujourd'hui, en 2019 sur le marché ?

[00:07:01] Olivier Héreil : On voit bien que dans l'environnement des unités de compte les choses bougent et bougent vite. Si on parle déjà des encours, c'est-à-dire des sous-jacents ISR qui sont aujourd'hui présents dans tout ce que nos clients, nos assurés effectivement ont souhaité souscrire sous format unités de compte, cet encours, il progresse très vite, puisqu'il a doublé en quatre ans. Une autre façon de le dire c'est de donner le montant qu'il représente. Il représente plus de 3 milliards aujourd'hui, 3 milliards, c'est un chiffre significatif, c'est 10 % à peu près de l'encours global unités de compte. Clairement, il y a un vrai intérêt effectivement de nos assurés et cela confirme les sondages et les enquêtes que j'évoquais précédemment.

Qu'est-ce qu'on retrouve effectivement comme supports qui soient véritablement les plus plébiscités, quelque part ? On trouve surtout des approches thématiques, des fonds thématiques principalement d'ailleurs tournés vers soit l'environnement, donc les énergies renouvelables, soit vers les thématiques plus sociales. Peut-être que je peux vous donner des exemples sur le sujet. Nous avons, du côté environnemental par exemple, un fonds qui travaille sur l'eau. L'eau, ça fait partie effectivement des ressources naturelles précieuses. On se rend compte chaque année un peu plus qu'effectivement, l'eau, il faut s'en occuper, à la fois dans la consommation qu'on a de cette eau, et ensuite, dans le traitement des eaux usées et dans la préservation des milieux qui abritent effectivement des capacités importantes en matière d'eau. Nous travaillons sur un fonds qui s'appelle BNP Aqua qui est un fonds, aujourd'hui, important par sa taille, que nos clients ont vraiment souscrit de manière significative dans les UC.

Je vais prendre un exemple du côté social. Nous leur avons également proposé un produit qui s'appelle BNP Paribas droits humains qui est un produit qui travaille là justement sur les entreprises et la politique des entreprises vis-à-vis de leurs salariés dans toutes ses composantes et qui va sélectionner les entreprises qui sont les plus performantes, entre guillemets, encore une fois, dans la gestion sociale de leurs entreprises. Un deuxième exemple dans ce même domaine, de quelque chose d'assez différent mais tout à fait intéressant qui est un fonds qui s'appelle Sycomore Happy@Work où là, le gestionnaire va sélectionner les entreprises où les salariés sont heureux de vivre. Vous savez qu'il y a des labels maintenant qui sont les meilleures sociétés où vivre quelque part et donc il y a des classements réguliers. On se rend compte que, comme par hasard, il y a un lien entre le bien-être des salariés de l'entreprise et la performance de l'entreprise.

[00:10:00] Le Présentateur : C'est vraiment très intéressant et c'est très original. Je me mets à la place d'un investisseur qui souhaiterait, en tout cas qui a pour volonté d'aller sur un fonds ISR. Si on n'a jamais investi sur ce type de fonds et d'après ce que je comprends de ce que vous nous dites, il y a quand même beaucoup de choix, il y a beaucoup de typologies d'investissement différentes. Quelle serait la première la plus abordable pour un premier investissement ?

[00:10:21] Olivier Héreil : Je crois que nos assurés ont déjà en partie répondu au travers de ce que je venais de dire, c'est-à-dire que les fonds thématiques sont quand même effectivement la première approche et probablement la plus évidente et la plus facile, parce qu'elle est très facilement compréhensible pour effectivement des épargnants. Ce que je dirais, pour un premier pas c'est vraiment de retenir des thématiques qui sont des thématiques larges en matière d'investissement, c'est-à-dire que dans les thématiques on peut avoir des thématiques extrêmement pointues quelque part, mais qui vont s'adresser vraiment à des zones d'expertise et probablement à un nombre de valeurs assez limité. Du coup, peut-être dans certains cas être sujet à des effets soit de technologie, soit des effets de mode dont il faut probablement un petit peu se méfier pour un premier pas. Moi, je recommanderais plutôt des thématiques environnementales larges. On a parlé de l'environnement tout à l'heure. C'est une thématique très large dans laquelle effectivement on peut trouver à la fois des actions, à la fois des obligations. On peut travailler sur des marchés européens, sur des marchés américains, sur des marchés asiatiques voire, dans certains cas, sur des marchés émergents. On est vraiment là sur des dimensions qui sont très larges. Bien prendre la précaution effectivement, l'offre commence à être fournie maintenant, d'être sur des thématiques vraiment transversales. Si je prends d'autres exemples, quand on parle par exemple du fonds que j'évoquais tout à l'heure, Happy@Work, on sent bien que là on n'est pas sur un secteur. Le fait que les salariés effectivement soient heureux de travailler dans leurs entreprises, ça n'est pas lié à un secteur, c'est lié à une pratique de l'entreprise. On voit qu'au travers de ces approches-là, on va garder une diversification importante et ça me paraît un des points clés.

[00:12:09] Le Présentateur : Les enjeux éthiques sont très clairs. Pour autant et c'est une question qu'on se pose légitimement, est-ce que ces fonds ISR font de la performance ? Est-ce qu'on gagne de l'argent sur des fonds ISR ?

[00:12:19] Olivier Héreil : Peut-être la première chose qu'il faut dire c'est que quand même ces fonds ISR, ils sont investis en bourse, donc il y a une corrélation, bien sûr, entre la performance de ces fonds et les performances boursières. On n'est pas dans un autre monde, entre guillemets. Ce qui est important de regarder sur l'ISR c'est ce qu'apporte l'ISR par rapport aux placements non ISR ou traditionnels ou classiques. L'ISR apporte une vraie réduction du risque et c'est là qu'est sa valeur, sous réserve, et la réserve est extrêmement importante, qu'on garde cet investissement sur des durées longues. L'ISR n'apporte pas sa valeur sur du trop court terme, il faut être sur des temps longs. C'est pour ça d'ailleurs qu'on y est très attentif, entre guillemets, dans l'assurance vie puisque l'assurance vie, on est bien sur des placements longs, qui permettent effectivement aux investissements de dérouler dans le temps tout le rapport. Dit en termes technique un petit peu, l'ISR nous permet de sélectionner des investissements qui ont un très bon couple rendement-risque. Il y a du rendement et il y a moins de risque. L'association du rendement et du risque donne un investissement qui est tout à fait intéressant dans la durée. Pour moi, à la base, l'ISR, c'est effectivement une réduction de risque.

[00:13:47] Le Présentateur : Est-ce que l'ISR, chez BNP Paribas Cardif, a un véritable avenir ?

[00:13:53] Olivier Héreil : Nous sommes, vous l'avez compris, tout à fait déterminés à poursuivre tout le chemin que nous avons parcouru dans cette démarche ISR. C'est un domaine qui évolue rapidement tout simplement parce que d'abord, l'intérêt collectif, l'intérêt de l'ensemble de la société est maintenant important. Ça permet effectivement de mobiliser plus de moyens, plus de ressources pour aller plus loin à chaque fois. Le domaine étant évolutif, il faut effectivement être en permanence sur le terrain et effectivement travailler finalement les investissements de demain et les formats ISR de demain. Nous avons, nous, pris des engagements en la matière. Le premier engagement, c'est de doubler ce que nous appelons nos investissements verts à horizon 2020. Nos investissements verts, ce sont des investissements qu'on fait sur toutes les thématiques environnementales. On le fait notamment au travers d'un nouveau marché obligataire qui est un marché naissant mais qui est un marché promis, j'en suis persuadé, à un très bel avenir, qui est le marché des obligations vertes qu'on appelle les Green Bonds, qui est un marché qui permet d'acheter les obligations qui vont financer des projets d'énergies vertes. Par ailleurs, le deuxième engagement que nous avons pris c'est de réduire de 30 % les consommations énergétiques de nos immeubles, ceux que nous détenons en direct, sur lesquels nous avons prise et ça aussi, à horizon 2020. Là, le challenge est important, on parle de 30 % de la réduction de consommation énergétique. Il est tout à fait évident que l'immobilier, les bâtiments, les logements sont une source extrêmement importante d'amélioration de l'efficacité énergétique et c'est un point sur lequel nous sommes très attentifs et nous travaillons et nous sommes en pointe.

[00:15:44] Le Présentateur : Olivier Héreil, nous arrivons au terme de cet entretien. Evidemment, la question que l'on se posait au tout début de cet entretien, c'est ISR, est-ce que c'est un mouvement de fond durable et ou est-ce que c'est un effet de mode ? En conclusion, je pense qu'on peut dire que c'est un mouvement durable ?

[00:15:57] Olivier Héreil : Oui, ce n'est pas du tout un effet de mode. Nous avons nous, la conviction profonde que cette approche ISR va transformer complètement l'approche de l'investissement dans les années qui viennent. Nous sommes persuadés qu'à partir du moment où on sélectionne son investissement en mesurant non pas simplement ses performances financières qui sont importantes, je ne néglige pas du tout cet aspect-là des choses, mais qu'on regarde également ce qu'on appelle toutes les externalités quelque part de cet investissement, c'est-à-dire son impact sur l'environnement, sur la société. Evidemment, on se donne toutes les chances d'avoir dans la durée un investissement qui soit performant. J'aurais tendance à dire que l'ISR, c'est bon pour la planète, c'est bon pour la société, c'est aussi bon pour les placements.

[00:16:48] Le Présentateur : Excellente conclusion. Merci Olivier Hereil.

[00:16:49] Olivier Hereil : Merci