Mathieu Mucherie dresse le bilan de l'économie mondiale en 2019

Mathieu Mucherie, Chef économiste chez BNP Paribas Cardif, décrypte le contexte de l'économie mondiale en 2019.

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Mathieu Mucherie revient sur l'économie mondiale de l'année 2019., Depuis plus de 20 mois, l'économie mondiale connaît un ralentissement global... La Chine, les Etats-Unis et l'Europe, mais notre Chef Economiste souligne qu'il n'y a pas de récession.

Il retient quelques faits marquants pour l'exercice 2019 : la grande réussite de la Chine, la transformation du secteur spatial avec l'avancée de SpaceX et la poursuite de la chute des taux et sont contrebalancés par la remontée des actions.

L'intégralité du podcast de Mathieu Mucherie est retranscrit ci-dessous :

[00:00:04] Gilbert Roux : Entre les tensions commerciales générées par les rapports compliqués entre la Chine et les États-Unis où les banques centrales qui tentent tant bien que mal de soutenir les marchés financiers, les crises politiques en Europe ou ailleurs dans le monde, le moins que l'on puisse dire c'est que cette année 2019 a été plutôt mouvementée. Pour y voir plus clair et pour mieux comprendre les enjeux, nous avons fait appel à notre expert, Mathieu Mucherie, chef économiste chez BNP Paribas Cardif. Mathieu Mucherie bonjour et merci d'avoir répondu à notre invitation.

[00:00:33] Mathieu Mucherie: Bonjour.

[00:00:35] Gilbert Roux : Mathieu, parlons bilan, parlons 2019. On peut lire un peu partout dans la presse spécialisée que la croissance mondiale est en train de stagner, voire qu'elle tourne plutôt à bas régime et que les perspectives ne sont pas plus réjouissantes. On parle notamment d'une possibilité de réviser à la baisse les prévisions pour 2020. Est-ce que ce sont des infos alarmistes ou est-ce qu'au contraire c'est quelque chose de très concret ?

[00:00:55] Mathieu Mucherie : Déjà pour commencer l'année 2019 a été mortellement ennuyeuse. Dans ma vie d'économiste je n'ai jamais vu, enfin depuis très longtemps, une année aussi ennuyeuse. On s'est ennuyé jusqu'au mois de juin. Ensuite les banquiers centraux nous ont vaguement rassurés. Ils ont réinjecté un tout petit peu de monnaie dans le système de façon à ce que ça ne s'écroule pas en fin d'année et ensuite on s'est rendormi à partir de la fin septembre. On le voit sur pratiquement toutes les classes d'actifs. Tout cela dans un mouvement général de reflux de l'économie. Toute l'économie mondiale est en ralentissement depuis février, mars 2018 à peu près. Ça fait maintenant 20 mois, 22 mois qu'on est en ralentissement global. La Chine ralentit, les États-Unis sont en train de commencer à ralentir, l'Europe ralentit très nettement, mais il n'y a pas de récession. Un ralentissement sans récession, des classes d'actifs déconnectées, les actions qui font 25 %, des obligations qui arrivent en territoire négatif en termes de rendements nominaux. Tout ça est assez ennuyeux et l'espoir c'est que 2020 soit un petit peu plus stimulant et qu'il se passe enfin des choses ; parce que pour le moment ça craque un petit peu, mais on n'a pas d'évènement particulier. Rien de nouveau dans le territoire de la macroéconomie, rien de nouveau sous le soleil. Des taux négatifs mais ce n'est pas une innovation.

[00:02:29] Gilbert Roux : Avant de parler de 2020 et des perspectives qui se profilent à l'horizon, on va dresser un bilan, si vous voulez bien Mathieu Mucherie, de l'année 2019. Vous l'avez dit c'est une année qui a été plutôt calme contre toute attente et contrairement à ce que je disais en introduction. Pour vous qu'est-ce qui est à retenir cette année, sur l'année 2019 ?

[00:02:46] Mathieu Mucherie : Toujours la grande réussite chinoise. La grande maîtrise chinoise. Beaucoup de sang froid. Sang froid face aux provocations commerciales.

Après il y a un autre évènement qui me tient à cœur vous le savez, c'est le New Space, l'avancée de SpaceX. Cette transformation du secteur spatial dont on se souviendra je pense dans un siècle.

Sinon des micro évènements. Les classes d'actifs en ont profité parce que ce qu'aiment bien les marchés financiers finalement c'est quand il ne se passe rien ou pratiquement rien, des choses relativement prévisibles, la poursuite de la chute des taux mais c'est un mouvement qui est entamé depuis 1982, là aussi il n'y avait rien de révolutionnaire, et la poursuite de la remontée des actions qui est un petit peu contradictoire avec la baisse des taux, c'est entendu. D'un côté nous avons un mouvement de japonisation, de l'autre côté nous avons une belle tenue des actions, mais cette belle tenue des actions doit être interrogée d'abord effectivement on rentre dans une zone probablement de cherté des actions. Ensuite les firmes s'organisent à peu près convenablement mais parfois en rachetant leurs actions, parfois en n'investissant pas et en privilégiant plutôt le dividende. Parfois par des méthodes comme ça qui sont des méthodes temporaires et assez malthusiennes. La question c'est de savoir quelle sera la durée de ce processus. Combien de temps on pourra avoir une économie mondiale qui ralentit, des taux d'intérêts qui se japonisent avec une bonne tenue des marchés d'actifs risqués : immobilier, action, Private Equity. C'est la question que tout le monde se pose. Là il pourrait y avoir un petit peu plus de mouvement d'ici quelques temps.

[00:04:11] Gilbert Roux : On a bien compris au terme de ce premier rendez-vous autour du bilan et des perspectives en économie mondiale, 2019 une année plutôt en demi-teinte. Que sera 2020 ? Quelles sont les perspectives ? Nous le verrons lors d'un prochain podcast avec Mathieu Mucherie.