Le New Space : quels impacts sur l'assurance et les marchés ?

Retrouvez en podcast Mathieu Mucherie, chef économiste chez BNP Paribas Cardif. Il décrypte les actions mises en place par l'entreprise pour répondre aux enjeux de ce secteur en plein essor, mis au cœur de l'actualité avec le récent atterrissage de la sonde InSight sur Mars.

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Pour Mathieu Mucherie, tout en étant un des grands acteurs en matière d'Investissements Socialement Responsables (ISR), BNP Paribas Cardif a aussi un rôle prépondérant à jouer en tant qu'assureur prévoyance dans les domaines en pleine (r)évolution de l'automobile et de l'habitation. Mathieu Mucherienous livre sa vision pour optimiser le déploiement du New Space, notamment en Europe. Son mot d'ordre est de continuer à investir dans ce marché spatial extrêmement rentable sur le long terme, incarnant de nombreux enjeux et suscitant un fort intérêt populaire.

L'intégralité du podcast de Mathieu Mucherie est retranscrit ci-dessous :

[00:00:02] Présentateur: Bienvenue sur l'Info en plus, le podcast destiné aux conseillers en gestion de patrimoine et courtiers, partenaire de Cardif. Sur un marché porteur et fortement concurrentiel, être une référence en la matière et viser la place de leader impliquent à la fois de s'appuyer sur une solide expérience, d'être attentif aux évolutions et surtout ne pas hésiter à se transformer pour mieux faire face à de nouveaux enjeux. La conquête de l'espace se fait désormais avec de nouveaux acteurs qui n'ont aucun complexe et qui voient les choses en grand, ça s'appelle le New Space.

Et aujourd'hui en deuxième partie, puisque nous avons déjà abordé le sujet avec Mathieu Mucherie qui est notre invité aujourd'hui. Mathieu Mucherie, je vous le rappelle, il est chef économiste chez BNP Paribas Cardif. Il va décrypter pour nous ce secteur du New Space que l'on croit connaître mais qui, vraiment, est en plein boom, avec une actualité brulante puisqu'on parlera tout à l'heure également de cette fameuse sonde InSight qui vient d'atterrir sur mars.

Alors Mathieu, bonjour et merci d'être à nouveau avec nous sur cette deuxième partie du podcast.

[00:00:56] Mathieu Mucherie: Bonjour à tous.

[00:00:57] Présentateur: Mathieu, nous nous sommes quittés lors du premier podcast sur l'effet Chamallow et l'impact du New Space sur les marchés financiers. Première question aujourd'hui, comment se positionne BNP Paribas Cardif sur ce nouveau marché, ce marché du New Space ?

[00:01:10] Mathieu Mucherie: Pour le moment, on n'a pas un positionnement que je qualifierais d'officiel et de massif, parce que nous ne sommes pas un acteur spécialisé, par exemple, dans le transport, l'assurance du transport maritime, ou ce genre de chose. Vous savez que les compagnies d'assurance sont nées des voyages au long cours, du commerce maritime au loin. Et quelque part, aller vers le New Space, aller vers la station spatiale internationale, aller vers Mars, on imagine que ça pourrait, ça devrait se faire avec les assureurs comme une sorte de continuation de cette belle aventure, qui consiste à financer des projets incertains grâce à la mutualisation, grâce à notre vision de long terme, grâce à la masse de l'assurance; mais nous ne sommes pas un acteur dans cette partie-là ni dans le domaine de la santé.

Par contre, nous, nous sommes investisseurs long terme et notamment, nous sommes un des grands acteurs de toute la partie ISR.Un investissement socialement responsable qui exige une vision du temps un petit peu différente et qui nous entraîne vers des secteurs d'avenir : l'eau, un certain nombre de domaines aussi sociaux. Et là vraiment, je trouve que le New Space s'insère très bien. C'est-à-dire que dans le New Space, il y a cette idée d'investir sur cinq, dix, vingt ans. Il y a cette idée que ça va profiter à l'ensemble de la collectivité. Il y a cette idée : Je crois qu'on a vraiment toute notre place là-dedans.

Donc, acteur en terme investisseur. Et puis, nous sommes aussi assureur prévoyance, intéressé à la sinistralité de l'automobile, de la maison. Nous sommes là pour fournir un certain niveau de sécurité, un certain niveau de socialisation du risque à nous assurer dans les domaines comme l'auto, qui vont être révolutionnés par la voiture autonome. Et la voiture autonome c'est quoi ? La voiture autonome c'est quelque chose qui fonctionne en partie avec le New Space, qui fonctionnera avec le New Space. Ce n'est pas un hasard si Tesla est un acteur majeur de la voiture électrique et la voiture autonome, et que Tesla est dirigé par la même personne que la personne qui a lancé SpaceX. Il n'y a pas de hasard.

Pour voir une voiture autonome à l'échelle macroéconomique, il faut quand même envisager des drones, il faut envisager de très nombreux minisatellites, il faut envisager ce genre de choses. Donc le New Space, ça va aller mano en la mano avec la révolution qui a commencé maintenant, qui est la révolution de l'industrie automobile mondiale. Nous en tant que assureurs auto, il faut qu'on regarde ça vraiment très en amont, et qu'on soit ensuite un acteur de cette partie, qui fournit de l'opportunité pour nous, notamment, je pense à la révolution des usages, et puis à la baisse de la sinistralité automobile.

Même chose pour la maison. On est assureur habitation et si on peut essayer de trouver le moyen avec la maison intelligente qui également va être très dépendante du New Space et des données spatiales, si on peut trouver le moyen, soit de réduire le risque, soit de mieux le faire comprendre, d'avoir une meilleure granularité dans l'analyse des données, c'est fantastique, aussi bien pour les clients que pour les partenaires, que pour tout l'écosystème.

Donc là-dessus, il faut qu'on regarde très attentivement, et qu'on trouve les moyens de jouer la partie en Europe, puisqu'on est essentiellement un acteur européen. Et ce n'était pas toujours évident parce que ça commence à frétiller, mais on a encore un manque de projet, je dirais très large en Europe lié aux difficultés d'Ariane et de tout l'écosystème spatial européen. Donc soit on va un petit peu au-delà de l'Europe, soit il faut qu'on soit dans la phase d'amorçage des projets, et pas simplement prendre le train une fois qu'il est vraiment lancé.

[00:05:09] Présentateur: Alors l'Info en Plus c'est de l'analyse et du décryptage, mais souci de l'actualité, et si je fais référence à l'actualité, c'est qu'il y a quelques jours, on l'a vu sur tous nos écrans de télévision, on a appelé ça l'amerrissage ; l'atterrissage, en tout cas l'arrivée de la sonde InSight sur la planète Mars. Est-ce qu'on peut dire Mathieu, au regard de ce qu'on sait durant tout ce podcast, que c'est vraiment un grand pas pour le New Space cette atterrissage d' InSight sur Mars ?

[00:05:33] Mathieu Mucherie: Alors ça a été fait par un acteur qui n'est pas un acteur New Space : la NASA, en partenariat avec le CNES. Donc on est un peu à la frontière parce que clairement, je vous l'ai dit ; le but ultime de New Space c'est Mars. On est dans cette histoire. Mais c'est fait avec des méthodes qui sont des méthodes de fusées traditionnelles, par des acteurs traditionnels, pour une analyse de la sismographie de Mars qui aurait déjà dû être faite dans les années 70-80.

Ceci dit, c'est une performance exceptionnelle puisque vous savez que ce n'est jamais que la 8ème fois en 50 ans et que la NASA arrive à poser un objet sur Mars sans qu'il se désintègre. Donc réussir à faire atterrir ou amarssir (c'est horrible), un robot sur Mars, ça n'arrive qu'une fois tous les six-sept ans, le dernier c'était en 2012 d'ailleurs, donc c'est une performance.

C'est très intéressant dans notre perspective parce qu'on veut en savoir plus sur cette planète qui à tout d'un plan B, comme le dit Elon Musk. C'est-à-dire vraiment, c'est extrêmement intéressant. Vous imaginez, InSight ne coûte que 900 millions de dollars, si vous prenez le lancement, plus le robot en question, 900 millions de dollars, pour comprendre mieux notre planète jumelle, pour comprendre mieux une planète qui était « habitable » il y a trois milliards et demi d'années. Et pour comprendre au mieux, une planète qui est une mine à ciel ouvert, pour l'innovation, pour les ressources. Après tout si on parle de la planète rouge, c'est parce qu'il y a l'oxyde de fer partout. Et donc c'est une sorte de mine de fer à ciel ouvert. Les ressources sur Mars sont gigantesques.

Et donc ce que le New Space apporte: l'obligation pour la NASA d'être beaucoup plus efficace, et donc quelque part, New Space entraîne le all Space vers le haut, ça c'est quand même plutôt positif, peut-être que InSight n'aurait pas était aussi successfull s'il n'y avait pas eu cette pression des nouveaux acteurs de New Space. On peut imaginer ça pour les prochains robots. Et puis le New Space permet, je l'ai dit une gigantesque baisse des coûts puisque, imaginez Christophe Colomb qui à chaque fois qu'il traversait l'océan atlantique, aurait été obligé de couler son bateau, il n'aurait pas pu revenir avec son bateau. Autrefois on lançait des fusées et encore aujourd'hui, on lance des fusées et elles sont plus utilisables, vraiment ça n'a pas de sens. Mars ne sera vraiment une terre de colonisation que le jour où on sera passé au tout réutilisable et on pourra réutiliser 10 fois, 50 fois évidemment et en toute sécurité les fusées.

Pour le moment, on en est encore un peu loin parce que les missions martiennes n'ont eu que 60 % de réussites jusqu'ici. On monte peut-être sur les dernières années à 80 %. Mais évidemment on ne peut pas envoyer des êtres humains à Bac+15 dans le champ médiatique et en plus de la planète terre avec le risque management que ça suppose, avec l'éthique que ça suppose. On ne peut pas encore envoyer massivement des êtres humains avec seulement 80 % de chance de ne pas mourir dans la mission. Il y a encore des progrès à faire. Le All Space est encore nécessaire, la NASA est encore nécessaire comme amorçage ou pour certains projets scientifiques. Et j'espère qu'elle travaillera de plus en plus la main dans la main avec le New Space et avec Elon Musk en particulier.

Et ce qui est fantastique, c'est l'intérêt, l'intérêt des gens. Les gens sont intéressés par InSight de même qu'ils ont été intéressés par Curiosity. Vous avez un robot qui est conçu pour durer 90 jours et qui fonctionne pendant 14 ans comme Curiosity, ça vaut d'avoir mis deux milliards de dollars dedans. Je l'ai déjà dit, le budget de la NASA pour l'exploration martienne est ridicule. C'est 3,5 % du budget de la NASA, c'est une somme absolument minuscule. J'espère que ça va bien s'enclencher, le public adore. Donc il y a moyen de monétiser, il y a moyen de capitaliser là-dessus.

Le public aime beaucoup, lorsque la Falcon Heavy s'était lancée le 6 février 2018, au début de cette année, il y a eu près de 500 000 personnes qui sont venues exprès à Cap Canaveral pour le lancement. C'est compliqué d'assister à un lancement parce qu'il peut être reporté plusieurs fois. Vous imaginez, il y a les enfants qui sont dans la voiture et qui attendent pendant des heures. Au début, ce n'est pas spectaculaire. Ils sont venus, un demi-million de personnes. Parfois ils ont fait 500 ou 1 000 kilomètres pour voir ce lancement.

Donc il y a un vrai intérêt populaire qu'il faut garder, qu'il faut entretenir avec des missions aussi comme InSight par exemple, parce que évidemment, il faudra beaucoup de soutien populaire pour les premières étapes de la colonisation de Mars. S'il y a des accidents, ce qui peut arriver. Il faudra que le soutien populaire soit très fort parce qu'il ne faudra pas se décourager, voilà. Et donc ce que permet aussi le New Space, c'est un spatial plus spectaculaire, avec plus d'images, quelque chose qui va peut-être permettre de maintenir cet engouement populaire, qui existait dans les années 60, qu'on a un peu perdu pendant quelques décennies et qu'il faut retrouver.

[00:10:29] Présentateur: Mathieu, on arrive au terme de ce podcast. Le New Space, on a bien compris, va avoir des impacts, a déjà des impacts assez conséquents. En une phrase de conclusion, il faut y aller, il faut investir sur le New Space ?

[00:10:40] Mathieu Mucherie: Il faut investir, il faut over-investir. Pour le moment, il faut vraiment avoir les ordres de grandeur en tête. On n'investit pratiquement rien dans les budgets publics, les budgets nationaux. C'est vraiment epsilon. C'est epsilonesque, pratiquement rien. Le moindre rond-point coûte quasiment ce qu'on investit annuellement au CNES pour développer le spatial. C'est franchement pour le moment, il n'y a que des gains. C'est comme la recherche contre le cancer. Autrefois, on disait : "Il y a le cancer." Maintenant, on dit : "Il y a des bons cancers et des mauvais cancers." S'il y a des mauvais cancers, c'est qu'il y a "des bons cancers" qu'on peut guérir. Vous imaginez les gains en l'espace de 30 ou 40 ans en terme de bien-être, d'avoir investi dans la recherche médicale.

Il y a très peu de secteurs comme ça qui sont aussi rentables socialement. Et le spatial est fabuleusement rentable. Donc il faut investir beaucoup plus. Le public, mais aussi et surtout le privé, parce que si on veut bouger l'industrie spatiale, on l'a vu ces dernières années, c'est parti de la Silicon Valley. C'est parti d'Elon Musk. C'est parti de gens qui sont vraiment des entrepreneurs. C'est eux qui vont permettre vraiment, de bouger les mastodontes publics, et d'entretenir la flamme auprès du grand public et de faire des choses vraiment innovantes. Alors comment encourager le secteur privé ? Déjà, je dirais qu'il ne faut pas les décourager, il ne faut pas avoir une vision peut-être trop risque managérial de la chose, peut-être qu'on peut avoir quelques incitations. Moi, je suis particulièrement déçu qu'au moment du Plan Juncker, par exemple qu'on n'ait pratiquement pas pensé au spatial.

Quand on voit ce que la BCE dépense, elle a balancé €3 000 milliards d'extension de son bilan. Je me dis qu'avec un centième de ce que la BCE dépense, on est sur Mars dans 10 ans et on a un village martien dans 30 ans, viable et autonome. C'est-à-dire un plan B pour la planète Terre. Il faut avoir les ordres de grandeur en tête. On peut investir beaucoup plus, on peut investir beaucoup mieux. La bonne nouvelle c'est que le marché est un accélérateur. Là, maintenant le marché est derrière. Aux États-Unis c'est très clair, et en Europe il faut encore faire les petits efforts, essayer de développer le private equity, essayer de développer des partenariats privé-public, il faut essayer d'être inventif.

J'espère que Ariane va se réinventer, parce qu'ils commencent un petit peu, leurs nouveaux propulseurs ont été conçus avec des imprimantes 3D pour permettre une baisse de 50 % du budget, c'est quand même assez intéressant. J'espère que tout le monde va se lancer et qu'on parlera un petit peu moins de sujets epsilonesques, qu'on parlera un petit peu moins d'investir dans les infrastructures du type trains et autoroutes, et un peu plus les autoroutes du futur qui seront des autoroutes spatiales. On l'a vu avec l'Internet déjà, et j'espère que ça va se déployer.

[00:13:38] Présentateur: Merci Mathieu.

[00:13:40] Mathieu Mucherie: Merci beaucoup, Merci aussi.

[00:13:46] Présentateur: Merci Mathieu.